Pourquoi les Européens ne veulent plus de l'Europe ?

Publié le par Debout La République Pas-de-Calais

Le continent est entré dans une vraie crise de confiance. Les individus comme les pays n'ont plus les mêmes priorités ni les mêmes exigences.

Le Parlement européen à Strasbourg.

Le Parlement européen à Strasbourg.© Philippe Sautier / Sipa

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Les événements des derniers mois montrent que les pays européens n'ont plus un grand attachement pour l'Europe. La solidarité vis-à-vis des pays en difficulté de la zone euro est très limitée. En ce qui concerne la solidarité financière, même si, en théorie, le potentiel d'achat des dettes publiques des pays en difficulté est considérable (700 milliards d'euros pour le MES, le fonds européen d'achats de dette, pas de limite en principe pour la BCE), dans la pratique, ces achats seraient beaucoup plus faibles : une mutualisation importante des dettes publiques serait inacceptable par les pays du Nord, et en particulier par le Bundestag qui devrait donner son accord. Les investisseurs ont tort de croire à une volonté infime de stabilisation des marchés financiers de la zone euro.

Des désaccords sur des sujets-clés

En ce qui concerne la solidarité économique, elle est inexistante : rien n'est fait pour aider les pays du sud de la zone euro à recréer des emplois, à attirer des investissements. Il faudrait une forte solidarité effectivement pour que les pays industriels de la zone euro (Allemagne, Finlande, Autriche...) acceptent par exemple de subventionner la création d'emplois industriels dans les pays du Sud (Espagne, Portugal...), ce qui se ferait essentiellement au détriment de l'emploi dans les pays du Nord. On a vu au début du mois de février 2013 la décision de réduire la taille du budget de l'Union européenne, ce qui ne va évidemment pas dans le sens du soutien aux pays du Sud.

Il n'y a pas d'accord non plus sur la perspective institutionnelle : la France évoque continuellement la mise en commun des financements des États (les eurobonds), la solidarité économique ; les pays du Nord rejettent absolument la création d'une "union de transferts" ou bien l'assortissent de conditions (perte de souveraineté budgétaire...) probablement inacceptables pour les pays du Sud. On voit même le Royaume-Uni aller plus loin en envisageant de sortir de l'Union européenne, alors même qu'il n'adopte pas l'euro, les contraintes réglementaires du marché du travail.

La concurrence fiscale est évidente : taux d'impôt sur les sociétés à 12,5 % en Irlande, à 21 % l'année prochaine au Royaume-Uni, avec l'objectif évident d'attirer des investissements industriels depuis les autres pays européens.

Chaque pays regarde dans une direction différente

Il faut être réalistes : les Européens ne veulent plus de l'Europe. Pourquoi ? Nous voyons quatre explications. Il y a d'abord l'absence de confiance : les pays du Nord ne croient pas à la volonté de ceux du Sud de réduire leurs déficits publics, de mettre en place des réformes structurelles pour augmenter leur potentiel de croissance à long terme ; ils pensent donc que toute aide aux pays du Sud réduira le rythme des réformes dans ces pays.

Il y a ensuite ce que les économies appellent le "jeu à somme nulle" : si un pays européen améliore sa compétitivité, la qualité de ses produits, il gagne des parts de marché, mais essentiellement vis-à-vis des autres pays européens, pas vis-à-vis du reste du monde ; cela se voit très clairement aujourd'hui avec l'Espagne, dont la progression rapide des exportations se fait au détriment de la France et de l'Italie. Cela n'incite évidemment pas les pays du Nord à aider ceux du Sud à se redresser. On observe ensuite "l'attrait du grand large" : certains pays voient leur avenir dans les liens économiques et commerciaux avec des pays non européens, pas avec des pays européens (le Royaume-Uni avec les États-Unis et le Commonwealth ; l'Allemagne avec la Pologne et la Russie).

Cette stratégie se comprend : l'Allemagne a plutôt intérêt à se rapprocher de pays à croissance forte, aux ressources énergétiques considérables... Enfin, il y a l'hétérogénéité des préférences sociales : comment avoir une union économique et monétaire entre des pays qui, pour certains, veulent un État de petite taille, une pression fiscale faible, une protection sociale réduite (Royaume-Uni, Allemagne, Espagne...) et qui, pour d'autres, préfèrent une protection sociale très forte au prix d'une pression fiscale élevée (France, Italie...). Ces explications du rejet de l'Europe (absence de confiance, concurrence entre pays européens, attrait des liens avec le reste du monde, hétérogénéité des préférences) sont durables, solides : comment croire alors à un progrès de l'Europe ?

Le Point.fr

 

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