L'Edito de Nicolas Dupont-Aignan

Publié le par Debout La République Pas-de-Calais

 

 

Besoin de cohérence

Parfois un événement, qu’il soit dramatique ou anodin, remet en perspective une politique dans sa totalité. L’intervention au Mali jette un éclairage nouveau sur la politique extérieure de la France depuis 10 ans.

Il y a une semaine, François Hollande a pris la décision difficile d’engager la France dans une opération militaire extérieure. Une telle initiative comporte toujours des risques. L’engagement risque de durer et nos soldats vont devoir mener une bataille difficile face à des groupes lourdement armés et habitués tant au désert qu’à la guérilla urbaine. Mais l’intervention française est nécessaire et légitime. Elle est nécessaire car ces groupes islamistes veulent déstabiliser la région, ils menacent nos ressortissants et ont pour ambition de frapper la France jusque sur son territoire. Elle est légitime car c’est un pays ami souverain, le Mali, qui a demandé notre aide pour réduire à néant ces groupes criminels et terroristes. Aussi, comme je l’ai fait dès l’annonce de l’intervention, je réitère, au nom des patriotes de Debout la République, mon soutien total à l’initiative de François Hollande.

Cet engagement de nos troupes sur le sol africain doit nous obliger à comprendre comment nous en sommes arrivés là. Le pourrissement de la situation dans le Sahel ne date pas d’hier. Il y a environ 3 ans, alors membre de la Commission de la Défense, j’avais interrogé Hervé Morin, ministre de la Défense, sur la présence d’AQMI. A l’époque ils n’étaient pas plus de 200 islamistes légèrement armés. Mais le Ministre avait répondu que la France ne pouvait rien. Notre impuissance venait du fait que la France était embourbée en Afghanistan dans une guerre non stratégique pour ses intérêts. Depuis 10 ans on dégarnit nos bases stratégiques en Afrique dans la zone d’influence de la France pour baser des troupes dans la péninsule persique. La tutelle de l’OTAN y est pour beaucoup dans cette absurdité géopolitique. Si je m’étais opposé au retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN décidé par Nicolas Sarkozy, c’est parce que les Américains n’ont pas les mêmes intérêts stratégiques que les nôtres. Résultat : nous sommes restés en Afghanistan au-delà du temps nécessaire et avons laissé à l’abandon des zones comme le Sahel. On en voit aujourd’hui les conséquences.

De même les belles âmes qui ont poussé à s’ingérer dans les affaires intérieures de la Lybie et réclament aujourd’hui un droit d’ingérence en Syrie, semblent découvrir l’imbrication géopolitique avec des forces islamistes telles qu’AQMI ou le Mujao. En politique tout est lié. Aujourd’hui nos soldats se retrouvent face à des groupes armés par la France en Lybie. On paye notre absence de vision à long terme ; comme on risque de payer la candeur de nos gouvernements avec des Etats du Golfe persique. En effet certains experts du monde arabe estiment que des réseaux du Qatar et de l’Arabie saoudite financent largement les islamistes du Sahel et du Maghreb dans leur guerre.

Cette naïveté de nos gouvernements successifs est aussi la raison de moyens techniques et humains en constante régression dans notre armée. Depuis une semaine les partis et les personnalités politiques sont unanimes pour soutenir l’intervention militaire. Mais ils étaient beaucoup moins nombreux quand je me suis élevé contre la réduction, année après année, du budget de la Défense. Aujourd’hui les députés semblent s’étonner de la faiblesse de nos forces. Mais là encore nous récoltons ce que nous avons semé.

En politique, tout se paye, rien n’est anodin. Que les gouvernements prennent une mauvaise décision, et les conséquences se font sentir un jour ou l’autre, parfois quelques jours après, d’autres fois plusieurs années plus tard. Mais le boomerang revient toujours.

Il est urgent que notre politique extérieure retrouve une vraie cohérence. Diriger la France exige d’avoir un cap, une vision, que ce soit sur le plan économique comme sur le plan de la politique étrangère et de défense. Le pourrissement de la situation au Sahel auquel nous devons faire face doit nous amener à repenser notre politique extérieure. La France doit reprendre position dans sa zone d’influence, et notamment en Afrique. Pour cela, nous devons retrouver notre indépendance vis-à-vis de l’OTAN. La France doit aussi pouvoir compter en permanence sur une armée solide et moderne, et notamment sur un deuxième porte-avion. Pour cela, nous devons comprendre que le budget de la Défense ne doit plus être une variable d’ajustement.

Je veux aussi profiter de cet éditorial pour dire que nous avons tous une pensée pour nos soldats qui risquent leur vie loin de chez eux pour nous protéger. Comme élu de la Nation, je veux encore rendre hommage au lieutenant Damien Boiteux qui est mort au combat vendredi dernier.

Nicolas Dupont-Aignan

Président de Debout la République

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